Comme tous les jours je lis sur ma tablette les nouvelles, grâce à l'application La Presse +, et ce matin une chronique disponible ici a motivé un courriel de ma part au journaliste. Pour en savoir plus sur la loi 101 voir ici.
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Bonjour,

Votre chronique sur la loi 101 parue aujourd'hui fait écho à ma propre histoire.

Quand nous avons émigré au Québec en 2002, nul besoin de retourner à l'école par contre vu notre âge (dans la trentaine pour mon conjoint et moi-même) et le français était notre langue maternelle. Mais comme ces jeunes anglophones le « nous » restait impossible car nous n'étions pas nés au Québec... Connaître la culture et s'y plonger n'a pas aidé à notre acceptation, je pense plutôt que c'est la « peur de l'autre » comme vous le mentionnez. Quand cela fait x fois que l'on s'entend demander « Tu rentres quand chez toi? », de la part de collègues et de personnes rencontrées au fil des hasards, on se rend vite compte que le « à 5 h comme toi, pourquoi? » ne fonctionne pas. Et je vous passe les innombrables remarques sur notre accent et mon « trop bien parler ». Nous avions choisi de ne pas nous installer à Montréal, pour justement s'intégrer plus rapidement nous avons habité à Longueuil puis à St-Amable avant de déménager pour l'Ontario. Le déménagement a été motivé après 4 ans et demi au Québec pendant lesquelles nous avons fait de trop rares belles rencontres.

Mon mari a eu une expérience différente de la mienne, son environnement de travail a été plus ouvert que les miens. Je dis les miens car mon profil de départ (en archéologie) n'est pas chose aisée quelque que soit le pays! J'ai fait avec plaisir plusieurs jobs, l'idéal pour s'immerger dans la société et la culture québécoise, et c'est grâce à mon poste de commis dans un IGA que j'ai appris le français québécois. Après plusieurs jobs payés au salaire minimum, j'ai décidé comme beaucoup de nouveaux arrivants de retourner à l'école. Pour obtenir mon DEP en secrétariat et comptabilité je devais faire un stage de fin d'études en entreprise et malgré mes excellents résultats scolaires, ma recherche s'est révélée vaine. Finalement, c'est grâce à la mère d'une amie j'ai pu à la dernière minute obtenir ce précieux stage.

À la fin de ma scolarité, recommandée par l'école grâce à mes excellents résultats et après plusieurs entrevues, aucune entreprise (à Montréal) ne voulait m'embaucher parce que ne parlais pas assez bien l'anglais. À cette époque, mon mari a eu l'opportunité de venir travailler dans la Grande Région de Toronto en français, et après un après-midi passé sur le net à chercher un emploi, je me suis retrouvée avec trois entrevues parce que je parlais français. Je suis donc venue ici, j'ai passé deux entrevues en français, une en anglais et les trois entreprises voulaient m'engager parce que j'étais bilingue. Mon anglais pas assez bon pour Montréal, ne posait aucun problème par contre là, étonnant non?! La décision de changer de province s'est donc vite imposée.

Après 15 ans au Canada je me définis comme Franco-Ontarienne, Canadienne et finalement comme Française. Et oui comme Elvis Gratton, c'est difficile pour les immigrants de savoir qui l'on est, mais cette triple identité remplie de défis relevés et de découvertes est ce qui fait la richesse du Canada et j'espère un jour celle du Québec.