Ce texte d'opinion lu ce matin dans La Presse + m'a fait repenser à ce que j'écrivais récemment sur Facebook ici et .

Il me paraît important de prendre le temps, justement le fameux temps qui fait que cliquer sur « j'aime » est tellement devenu naturel pour tout, le temps de penser à notre usage de la fameuse plateforme. Et cela bien sûr dans les deux sens, autant dans le sens d'y poster certains types de nouvelles (je plaide coupable l'ayant moi-même fait), que d'y répondre avec un simple pouce bleu.

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OPINION

LA MORT EN ÉMOTICÔNES

Quand la valeur d’une amitié se résume à un « like », vous pouvez imaginer la place que vous occupez dans le cœur de cet ami. 

 

Il y a un peu plus d’une semaine, je portais avec mes cinq frères le cercueil de mon père vers l’autel afin de célébrer ses obsèques. Sur les réseaux sociaux, j’avais décrit régulièrement, mais sobrement, le long chemin de mon père vers cette mort qu’il avait affrontée avec une sérénité et un courage hors du commun.

J’avais choisi cette voie afin de minimiser les nombreux messages personnels à tout un chacun. Je croyais alors utiliser à bon escient ce moyen afin d’atteindre le plus grand nombre possible de mes amis. Peu à peu, les gens qui me suivaient comprirent l’histoire atypique de mon père avec ses fils, ma relation privilégiée avec cet homme remarquable ainsi que le profond attachement que j’avais pour lui en l’accompagnant quotidiennement vers sa fin.

Puis elle vint, cette fin. 

Encore une fois, c’est à travers les mêmes réseaux que je fis connaître la triste nouvelle à l’aide d’images évocatrices et de demi-mots. La grande majorité de mes relations comprirent alors le drame qui me secouait. Pour les autres, il y avait le conventionnel avis dans le journal et l’application tablette. 

Peu à peu, parfois sur Messenger ou sur mon mur Facebook, par courriel et via Instagram, je reçus de courts messages de condoléances. Je fus également inondé d’émoticônes : cœurs, mains jointes, petits personnages tristes, anges, nuages, etc.

Puis vinrent les obsèques… à Québec. 

Comme je vis à Montréal depuis bientôt 30 ans, la grande majorité de mes connaissances n’habitent pas Québec.

EN PERSONNE OU SUR INTERNET ?

De tous les rituels entourant la mort, le fait de recevoir les condoléances au salon funéraire avant la cérémonie religieuse était jusqu’à tout récemment ancré profondément dans nos vies.

Puis vinrent les réseaux sociaux.

Pour moi, ce rituel de visite au salon représente sans aucun doute l’occasion unique de prouver et de démontrer l’importance que l’on accorde aux vivants dans sa vie, la place qu’ils occupent dans son cercle intime et de l’estime qu’on leur porte. Présenter en personne ses condoléances et accompagner celui qui pleure un être cher est un geste profond de respect, d’estime et de solidarité.

À l’ère des relations virtuelles, j’ai soudainement et brutalement constaté la valeur réelle de l’amitié. Entre celui qui s’est contenté d’ajouter une émoticône à une publication Facebook ou une photo sur Instagram et celui qui a parcouru 700 km par un beau samedi ensoleillé d’été au cœur même de ses vacances...  le constat est affligeant. Que penser alors de celle-ci qui est venue directement de Kingston ou de Kaboul ?

J’ai ainsi compris la valeur de la vie humaine et de l’amitié pour plusieurs d’entre nous. Quand elle se résume de la part d’un ami présumé à un « like » sur un mur Facebook lors de la mort de votre père, vous pouvez vite imaginer la place que vous occupez dans le cœur de cet ami. 

Merci, Facebook, pour la leçon.

Après, on ose dire que les réseaux sociaux sont vides de sens...


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